
Deux membres de l’OVSS, Pierre-Élie et Léna, suivent la formation du Synergia Institute: commonwealth coopératif et changements systémiques. Nous prenons le temps de partager quelques points saillants du module que nous venons de suivre.
Le chapitre quatre s’intéresse à la démocratie énergétique. Le transport et l’électrification des 19e et 20e siècles ont été rendus possibles grâce aux énergies fossiles. Étant au cœur de la révolution industrielle et un élément central de la puissance des États, ces industries se sont progressivement concentrées entre quelques mains publiques et privées qui contrôlent la production et la distribution. Le Synergia institute remarque que des systèmes énergétiques basés sur les énergies renouvelables et une organisation plus décentralisée et démocratique permettent d’être plus inclusif tout en accroissant la résilience des communautés, tout en préservant la planète en santé.
La transition vers une démocratie énergétique durable repose sur quelques éléments. Construire localement une résilience énergétique, légiférer la possibilité de le faire à plus grande échelle et résister, et lutter contre leur extraction et leur usage. On retrouve ici la niche, le système socio-technique et le paysage de l’approche multiniveau. Pouvez-vous identifier où se situe chacun de ces éléments ?
Construire localement une résilience énergétique repose sur un dialogue citoyen qui choisit de se réapproprier une souveraineté énergétique. Parmi les milliers de micro-réseaux de production et distribution électrique en Europe, différents exemples sont donnés de collectivités qui rachètent des infrastructures de distribution électrique, mettent en réseau des installations solaires et éoliennes, ce qui permet de garder les investissements dans la communauté, allant jusqu’à offrir des tarifs préférentiels à des personnes défavorisées ou financer le CPE de la communauté.
Le cas de Kirklees au Royaume-Unis est intéressant puisqu’une municipalité a choisi aussi d’aider les gens à réduire leur consommation énergétique. Elle a engagé des professionnels pour faire le tour des bâtiments du territoire afin de réaliser un audit de leur consommation énergétique tout en installant gratuitement de l'isolation dans les cas critiques (fissures et petites cloisons non isolées). Elle a aussi créé un guichet unique pour que les gens qui souhaitent accroître leur efficacité énergétique (isolation, thermopompe, etc.) puissent avoir connaissance des subventions disponibles et être référés à des entrepreneurs certifiés et compétents. Le résultat est qu’avec des incitatifs semblables, c’est 30% des ménages qui ont isolé leurs demeures comparativement aux 3% du Canada. Cela a entrainé une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre de la collectivité ainsi qu’une économie de plusieurs centaines de dollars annuels pour de nombreux membres de la communauté.
Les premières initiatives ont été rendues possibles en partie par la désobéissance civile de certaines personnes qui les ont simplement mises en œuvre sans autorisation. Mais la réelle mise à l’échelle, la diffusion massive du modèle est survenue lorsque l’Union Européenne a adopté un cadre légal qui le rendait possible. Si les changements climatiques incitent de plus en plus de gens à vouloir délaisser les énergies fossiles, réduire leur consommation énergétique, et s'émanciper de la dépendance aux puissances mondiales qui distribuent l'uranium et les combustibles fossiles nécessaires au fonctionnement d'une partie encore importante des grands systèmes de production et distribution, la démocratisation des systèmes énergétiques passe par un renouveau démocratique local et un cadre légal qui les rend possibles.
La lutte contre les changements climatiques demande aussi de s’opposer aux projets extractivistes et à la construction de nouvelles centrales électriques au charbon, au mazout ou au gaz naturel. Un exemple de désobéissance civile dans la plus grande mine de charbon au monde, en Allemagne, est cité en exemple dans la formation.
Enfin, le chapitre pose la question de la nécessité de réduire considérablement notre consommation globale d'énergie. Il rappelle que si on convertit l'énergie mondiale dépensée en unité de travail, on dépense annuellement ce qui serait produit par 93 milliards d'esclaves. On nous rappelle qu'il s'agit d'une anomalie historique qui dure depuis 250 ans et qui pose la question de la réduction de notre dépendance à une énergie si abondante. Le chapitre se conclut sur l'idée novatrice d'un accord international qui limiterait autant la production que la consommation d'énergie fossile.
Au Québec, quelques prototypes existent : Hydro-Sherbrooke, le micro-réseau intelligent de Lac-Mégantic, et quelques autres. Devrions-nous envisager de démocratiser davantage la production et la distribution de l'énergie au Québec ? Est-ce qu’on devrait diminuer notre consommation d’énergie collective?