Le 9 octobre dernier a eu lieu l’événement Anticiper le futur: incontournable pour la transition écologique du Québec, organisé par Chemins de transition, Québec Net Positif et Espace pour la vie.

Le but de cette journée a été de faire le tour de la prospective au Québec, la discipline de réfléchir et de planifier en fonction d'un futur anticipé. Ni dystopie, ni utopie, ni pensée magique, la prospective cherche à créer un équilibre entre les problèmes et les besoins d’aujourd’hui et ceux de demain, avec tout ce qui est propre au fait d’essayer d’imaginer le futur et s’y préparer: connaissances d’une thématique, incertitudes sur ce qui s’en vient, différentes possibilités, grandes tendances, signaux faibles, crises à venir, risques, ressources disponibles actuelles et anticipées, forces et menaces actuelles et anticipées.
Alors que je croyais d’emblée en la nouveauté de ce champ d'expertise, j’ai été agréablement surprise d'apprendre que c’est une discipline qui existe depuis plus de soixante ans à travers le monde. J’ai ainsi découvert une discipline avec une grande profondeur! La prospective peut être utilisée dans la planification stratégique d’une organisation, la gestion du territoire, les bouleversements écologiques, le design d’un objet ou d’une technologie, et la réflexion systémique. Cette discipline peut aussi être utilisée à différents moments d’une planification stratégique: de l’exploration d’une problématique à la prise de décision finale ou même l’évaluation d’un projet ou d’une organisation. J’y ai également découvert que la prospective regroupe différentes approches telles que l’éthique du dialogue; la navigation des tendances, des valeurs et des divergences; l’aisance avec le flou, l’inconfort et le malaise; les analyses qualitative, quantitative, morphologique, sociologique, politique, économique, etc. et leurs croisements intersectoriels; ainsi que la mise en récit et l’écriture de scénarios pour parler des possibles à anticiper.
Durant la journée à laquelle j’ai assisté, plusieurs ateliers et conférences ont démontré en quoi la prospective est un modèle ou une discipline tout indiquée pour aborder la complexité du social, qui par définition est imprévisible, multisectoriel et mouvant, ainsi que la complexité des bouleversements climatiques et écologiques dont personne n’a le contrôle vraiment. La question centrale tout au long de la journée à été de se demander comment arriver à se dégager de notre dépendance au présent afin de libérer l’imaginaire et des ressources pour permettre l’émergence de pratiques aujourd’hui en fonction de ce qui s’en vient demain.
La prospective exige une connaissance approfondie d’un sujet puis un déplacement conscient et intelligent du présent dit connu vers un futur inconnu. Ceci exige des compétences individuelles et collectives de se projeter dans le vide d’un futur qu’on ne connaît pas encore, ni n’en contrôle le dénouement pour des raisons temporelles, systémiques et propre à la complexité du fait social. Cela suppose une aisance avec le flou, les malaises, les tensions systémiques, le sentiment de perte de contrôle, etc.
Cette journée a été riche en apprentissages et en espoirs qu'il y a moyen de parler et se préparer pour les futurs à condition d'en avoir la volonté et l'espace de le faire au sein de nos organisations et réseaux, ainsi que collectivement.