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29 mai 2025
Changements systémiques, Transition sociale et écologique

Réinventer l'État pour prendre soin de nos communautés: le pouvoir du mouvement coopératif.

Des membres de l’OVSS, Pierre-Élie et Léna, suivent la formation du Synergia Institute: « Commonwealth coopératif et changements systémiques ». Nous prenons le temps de partager quelques points saillants du module que nous venons de compléter, le module 6: « Élargir et démocratiser les soins: de l’État providence à l’État partenaire. »

 

Origine et déclin de l’État providence

On connaît la chanson, avec l’essor du capitalisme et de l’État nation, on promet une égalité des chances, mais pas une égalité des conditions. Dans les premières villes ouvrières, la misère est affligeante. Germinal, d’Émile Zola, en offre un témoignage poignant – chômage, travail miséreux dans les mines, répression armée d’un mouvement de grève, etc. En réponse, les nouvelles populations, ouvrières ou marginalisées, s’organisent.

Socialistes, communistes et anarchistes, tout comme les catholiques, revendiquent une justice pour tous (et toutes éventuellement). Les syndicats sont encore illégaux, mais différents réseaux d’aide mutuelle émergent. Ils instaurent des caisses communes pour soutenir les membres en cas de perte d’emploi, de logement, de mort d’une personne pourvoyeuse, de handicap ou d’accident de travail. Ces réseaux constituent souvent le seul accès au crédit, au soutien moral, à l’emploi et à la protection.

Ces formes d’organisation ont jeté les bases de ce que nous appelons aujourd’hui l’État providence. Différentes luttes sociales ont permis d’étendre et de bonifier, en occident, les couvertures de ces réseaux à l’ensemble de la population. Aujourd'hui, le gouvernement offre allocations familiales, de handicap, congé de maternité, chômage et aide sociale, pension de vieillesse, soigne les maladie, couvre les accidents et il éduque. Si ici la couverture est relativement étendue, 45% de la population mondiale n’a accès à aucune de ces protections et 71% n’est pas protégée adéquatement.

La suite de l’histoire? Stagflation dans les années 70 (forte inflation sans croissance économique qui appauvrit les gens), néolibéralisme dans les années 80, avec une vague de privatisation des services publics. Ce module nous invite à changer de perspective pour considérer les protections sociales non pas comme une charité, un privilège à accéder ou un service à vendre, mais plutôt comme un droit humain fondamental qui repose sur deux principes: un souci du bien-être humain, et une notion d’équité et de justice dans la distribution de ce bien être entre les personnes. Le module va plus loin. Il nous invite à imaginer un État partenaire soutenant l’émergence d’un commonwealth coopératif, c’est-à-dire un tissu vivant d’économie sociale et solidaire qui démocratise et prend en charge les soins au cœur des communautés.

Un commonwealth coopératif au service du bien commun

Le modèle coopératif est présenté comme une voie collective incontournable pour assurer la continuité et la diversité des soins au sens large. Il permet à une diversité d’acteurs — travailleuses et travailleurs, usager·ères, bénévoles — de concevoir, offrir et recevoir les soins habituellement fournis par l’État. Il incarne une volonté de décentralisation et de démocratie dans les services de proximité.

Des exemples inspirants abondent. À New York, un groupe à lancé Beyond Care, une coopérative qui propose des services de garde à domicile dans un modèle coopératif qui standardise les conditions, encadre les relations contractuelles, réduit les abus et favorise la responsabilisation des membres. Le même groupe a mis sur pied Si Se Puede, une coopérative d’entretien ménager, et Golden Steps, pour les soins non médicaux aux aînés.

En Italie, le secteur coopératif du soin est florissant. Il y a des coopératives à statut particulier, de type A, quand elles œuvrent dans l’éducation, la santé ou le social. De type B quand elles œuvrent à l’inclusion de travailleurs marginalisés (handicapés, trouble de santé mentale, avec un casier criminel, dépendance à l’alcool ou aux drogues, immigrant-es hors Union européenne). Une coopérative de quelques centaines de personnes offre du travail, un logement et une vie digne à des gens qui sortent d’une dépendance à l’alcool ou aux drogues. Une autre coopérative réalise une production maraîchère et couturière avec des personnes migrantes et des Italien-nes, et s’est alliée avec d’autres coopératives pour assurer sa distribution. Dans les deux cas, des bénévoles s’impliquent activement.

 

L’État partenaire, acteur incontournable du commonwealth coopératif

Au cœur du module, le texte de John Restakis, “The partner state”, englobe et théorise la proposition du MOOC. Il propose un commonwealth coopératif — une forme de démocratie économique pluraliste dans laquelle coexistent différents types d’entreprises : coopératives, organisations communautaires, entreprises privées et entités publiques. Ce modèle n’exige pas l’éradication du privé, mais il impose une règle fondamentale : toutes les activités économiques doivent respecter les principes de justice sociale, de soutenabilité écologique et de participation démocratique.

Pour ce faire, il propose de sortir de l’État néolibéral (subordonné aux marchés) et de l’État centralisé (contrôlant l’économie), pour plutôt mettre en place un État partenaire (partner state). Au lieu de prendre les devants et d’organiser la société, l’État partenaire revoit sa relation à la société civile pour la placer au centre de son action en favorisant activement le secteur de l’économie sociale. Il devient alors un facilitateur, en mettant ses ressources, ses structures et ses politiques au service du bien commun.

En ce sens, l’État partenaire crée un écosystème institutionnel favorable à l’économie sociale: politiques fiscales incitatives, législation adaptée, formation professionnelle, reconnaissance juridique. Cela renforce l’essor des coopératives, fondations, OBNL, entreprises collectives et initiatives communautaires. Cette réorientation de l’État alimente à son tour la démocratie générative, où les citoyen-nes ne se contentent pas de voter, mais participent activement à la production et bénéficient des services offerts.

 

Des leviers systémiques pour le commonwealth coopératif

L’essor du mouvement coopératif en Italie repose sur un écosystème économique, législatif et social favorable. Les coopératives sociales de type A et B ont un niveau de taxation et d’imposition nettement réduit (4% vs 21%), elle sont exonérées de contribution patronale pour les employés marginalisés, les dons aux coopératives sont déductibles d’impôt, les bénéfices cumulés ne sont pas taxés s’ils sont placés dans une réserve de capital pour le développement de la coopérative. Les gens qui investissent dans la coopérative peuvent toucher un profit qui ne dépasse pas de 2% les bonds du trésor à la limite ou 80% du profit. Les investissements publics sont aussi permis dans ces entreprises.

En plus des membres travailleurs, de soutien et utilisateurs qu’on connait au Québec, la loi italienne ajoute deux catégories de membres: les membres subventionnaires qui financent l’initiative mais qui n’ont pas droit de vote, et les membres légaux qui sont des organisations incorporées. Ça permet d’élargir les acteurs qui participent au mouvement.

Des méthodes et des principes renforcent le mouvement coopératif. On recommande de limiter à 100 le nombre de membres d’une coopérative sociale pour favoriser la construction de la confiance et de l’inclusion de tou-te-s dans son fonctionnement. Les coopératives sociales tendent à opérer dans l’économie locale d’un territoire déterminé. Chaque coopérative s’engage à incuber une nouvelle coopérative pour favoriser la mise à l’échelle du mouvement et des initiatives particulières. Elles ont aussi accès à des avis légaux, de la formation, du support légal, du support administratif dans des structures fédératives de coop.

L’accès au financement est tout aussi important. Il est attendu des coopératives italiennes de contribuer 3% de leur revenu net à un fond mutuel géré par 4 fédérations nationales de coopératives pour qu’elles octroient des prêts à moyens termes. Le fond permet de distribuer entre les coopératives le risque associé à ces prêts. Les coopératives financières (sorte de caisse populaire desjardins) offrent des prêts aux coopératives ou directement à leurs membres pour appuyer les projets. Enfin, la Banca Etica Popolare administre des prêts à partir d’un capital réunis par des syndicats, des coopératives, des organisations de commerce équitable et des OBNL.

 

Une lecture féministe du soin (care)

Le module rappelle aussi que le travail du soin repose de manière disproportionnée sur les femmes, qui y consacrent en moyenne trois fois plus de temps que les hommes. Ce travail invisible entrave leur participation au travail rémunéré. Les coopératives de soin représentent ainsi une chance de redéfinir le contrat social et de redistribuer plus équitablement le fardeau du soin. À cela peut s’ajouter un élargissement du concept vers le soin de la Terre, des écosystèmes, et des autres formes de vie.

 

Conclusion

Ce module propose d’élargir la notion de soin au-delà de l’État providence, vers un État partenaire qui soutient la prise en charge du soin par l’économie sociale et solidaire ancrée dans les communautés. Dans cette démocratie contributive, les gens imaginent, offrent et reçoivent des soins de leur communauté. Des leviers systémiques, mis en place en Italie et qui peuvent être imités ailleurs, favorisent l’essor du modèle. Cela ouvre des chemins prometteurs pour faire face aux inégalités persistantes et aux bouleversements systémiques à venir.

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