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29 mai 2025
Changements systémiques, Perspectives décoloniales

D'abord reconnaitre et écouter

Dans notre dernière note, nous avons abordé les motivations qui nous poussent à l’OVSS à nous engager dans ce chemin de la décolonisation.

Nous reconnaissons que nous sommes sur un territoire qui a connu un génocide autochtone et nous sommes conscient.es de notre privilège blanc (voir cette brochure de la ligue des droits et libertés pour mieux comprendre ce concept).

 

Le colonisateur colonisé

Il n’est pas facile d’accepter ce rôle de colonisateur, en particulier dans une société québécoise qui a aussi été colonisée. Ça nous demande de transformer la vision que nous avons de nous-même, de reconnaître nos zones d’ombres et nos pratiques qui reproduisent des systèmes d’oppression comme le racisme, peu importe nos intentions. Il est légitime de vouloir protéger notre culture et notre langue, mais nous devons faire attention de ne pas le faire au dépend des 11 autres nations qui vivent sur le même territoire que nous. Nous avons discuté en équipe de ce paradoxe québécois du double chapeau colonisé/colonisateur en partant de ce super balado Oser s’en parler comme base de discussion.

Charlotte Côté du balado Oser s’en parler l’appelle “le "paradoxe québécois". Ça, c'est le fait qu'en tant que francophones, on a une double expérience: celle du colon et celle du colonisé. D'un côté, on a celle du colonisé, avec l'oppression, la marginalisation et l'aliénation que les Québécois, mais aussi les francophones de différentes communautés à travers le Canada ont vécu à travers l'histoire et encore aujourd'hui. Le combat pour assurer la vitalité de nos communautés et la survie des variétés de langues françaises au pays est réelle.

Mais de l'autre côté, on a celle du colonisateur - non seulement avec l'histoire de la Nouvelle-France, mais parce qu'encore aujourd'hui, au Québec, seul notre mode de gouvernance et nos lois sont considérées "légitimes", sur un territoire qui pour la majorité n'a jamais été ni conquis, ni cédé.” Référence

 

Le malaise : transformateur ?

Ces prises de conscience s’accompagnent souvent de culpabilité et de malaise. Et comme il n’est pas toujours facile de vivre avec ceux-ci, il y a des glissements vers la fragilité blanche (autre concept qui se retrouve dans la brochure de la ligue des droits et libertés).

Pourtant, je trouve qu’il a quelque chose de beau et d’inspirant d’effectuer ce travail d’introspection et d’accepter que le problème est aussi en nous. Ça nous donne du pouvoir pour agir dessus et de la motivation à le faire, avec l’indignation comme moteur. Quand on comprend notre rôle dans la reproduction du colonialisme et des autres systèmes d’oppression, il est très difficile de faire le gentil biscuit et de ne pas agir pour déconstruire ses propres pratiques oppressives.

 

Adapter notre position et apprendre de nos erreurs

Après ces prises de conscience à l’OVSS, nous demandons maintenant quelle est notre place dans ce chemin des perspectives décoloniales et nous sommes traversé.es par plusieurs questionnements.

Comment est-ce que l’on peut agir, soutenir et aider à porter le fardeau d’éduquer et de défaire les manières de faire coloniales ? Comment redonner de l'espace ?

Comment faciliter une introspection collective de notre groupe, puis de notre écosystème ? Comment favoriser le changement de nos attitudes?

Et aussi, où est-ce que ce n’est pas notre place de parler, d’agir pour ne surtout pas reproduire les dynamiques oppressives de pouvoir?

Cette dernière question est centrale parce qu’il y a eu plusieurs erreurs et faux pas dans ce chemin de prise de conscience à l’intersection des systèmes d’oppressions et de décolonisation des pratiques, entre autres de notre part. C’est important de le reconnaître, de présenter nos excuses et d’apprendre de ses erreurs - j’y consacrerais un prochain billet.

Nous découvrons que la posture d’humilité, d’introspection et d’écoute est celle que nous devons incarner si nous voulons participer à déconstruire nos pratiques et nos pensées. Nous avons la responsabilité de faire nos auto-examens pour comprendre nos biais et nos préjugés. C’est la première étape pour pouvoir ensuite nous auto-éduquer, avant d’aller à la rencontre des Premiers Peuples pour co-construire des projets.

Nous apprenons ainsi à accepter le malaise, à se donner des conditions pour accueillir les inconforts, à apprendre à écouter et à aller à la rencontre de ce qui existe déjà pour s’informer et s’éduquer. Ce travail prend du temps, de l’énergie et des ressources financières et, malheureusement, ce sont des conditions qui ne sont pas souvent réunies dans notre champ de pratique. Ça aussi c’est à réfléchir.

Heureusement pour nous, il y a une panoplie de ressources qui sont disponibles et  plusieurs organisations autochtones qui offrent de la formation aux Allochtones comme Utapi-consultant, l’Institut Ashukan et Mikana.

Me former est l’une des tâches qui prend le plus de mon temps dans les derniers mois. Je parcours la plateforme Utapi avec beaucoup de plaisir. J’y apprends beaucoup et ça ouvre en moi plusieurs avenues pour repenser nos pratiques et nos savoirs. Ce carnet suit ce premier pas. Ici, nous souhaitons partager avec vous nos réflexions, nos essais et nos erreurs avec humilité, pour créer des conversations, des dialogues et pour apprendre ensemble à faire autrement.

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